Naviguer dans les permis environnementaux pour les activités d'aquaculture à Madagascar

Naviguer dans les permis environnementaux pour les activités d'aquaculture à Madagascar

Le secteur de la pêche et de l'aquaculture joue un rôle essentiel dans le développement économique de Madagascar, générant environ 750 millions de dollars par an, soit 71 % du PIB national et 6,61 % des exportations du pays.

Au-delà de l'exploitation elle-même, la dimension environnementale prend une importance croissante au moment de la création d'une entreprise dans ce secteur. Si les activités de pêche ne requièrent généralement qu'une autorisation d'exploitation, comme abordé dans notre précédent article “Secteurs d'activité nécessitant une licence ou un permis à Madagascar” Les exploitations aquacoles sont soumises à des contrôles environnementaux plus stricts. ».

Cet article propose un guide pratique pour naviguer dans les permis et autorisations environnementales pour les projets d'aquaculture à Madagascar.

En résumé : Pour monter une entreprise aquacole à Madagascar, il faut plus qu'une licence d'exploitation. Selon la taille et l'intensité du projet, les investisseurs doivent également obtenir soit une autorisation environnementale, soit un permis environnemental. 

Définition et portée de l'activité d'aquaculture à Madagascar

La référence juridique principale pour les activités de pêche et d'aquaculture à Madagascar est la loi n°2015-053, dite Code de la pêche et de l'aquaculture. Certains articles de ce Code ont été mis à jour par Loi n°2018-026.

Définition de l'aquaculture et des systèmes de production

L'aquaculture englobe toute activité visant à produire des organismes aquatiques par des méthodes qui contrôlent une ou plusieurs phases du cycle biologique des organismes et l'environnement dans lequel ils se développent.

Les systèmes de production sont généralement classés en trois types.

  • Aquaculture extensive : Caractérisée par une faible densité d'élevage, un contrôle minimal, un faible investissement, une technologie simple et aucune alimentation d'appoint.
  • A'aquaculture semi-intensive : Elle implique une densité de population moyenne, un contrôle modéré, l'utilisation d'alevins produits en écloserie, une alimentation d'appoint et un échange d'eau ou une aération limitée.
  • Aquaculture intensive : Caractérisée par une densité d'élevage élevée, un degré de contrôle élevé, des investissements significatifs, une technologie avancée, une alimentation régulière et un échange d'eau ou une aération continus.

Champ d'activités de l'aquaculture

Les activités d'aquaculture sont également classées en fonction de leur objectif :

  • Aquitculture de subsistance : Désigne la production d'organismes aquatiques destinée à la consommation par les producteurs eux-mêmes.
  • Aquaculture commerciale : Consiste à produire des organismes aquatiques à des fins de vente ou autres objectifs commerciaux.
  • Aquaculture scientifique : Comprend les activités de recherche ou expérimentales visant à tester de nouveaux systèmes de production, techniques ou espèces pour le développement et l'amélioration des pratiques d'aquaculture.

Système d'Évaluation Environnementale pour l'Aquaculture à Madagascar

Ce Code de pêche et d'aquaculture fonctionne en tandem avec le Décret n°2025-080 portant règles et procédures d'Évaluation Environnementale et Sociale.

Ce décret, également connu sous le nom de “ Mise en Compatibilité des Investissements avec l’Environnement ” (MECI), définit le système d’évaluation environnementale qui établit les procédures d’évaluation environnementale et sociale des projets aquacoles.

Dans le cadre de ce système, les projets d'aquaculture sont classés en trois catégories principales en fonction de leurs impacts potentiels sur l'environnement et la société :

  • Les projets de catégorie A nécessitent une étude d'impact environnemental et social (EIES) complète en raison de leurs impacts significatifs.
  • Les projets de catégorie B sont soumis à un Programme d'Engagements Environnementaux et Sociaux (PREES) car ils ont des impacts modérés.
  • Les projets de catégorie C sont considérés comme ayant des impacts environnementaux et sociaux négligeables ou nuls.

Aux fins de cet article, nous nous concentrerons principalement sur les projets des catégories A et B.

Catégorie A : Projets nécessitant une Évaluation d'Impact Environnemental et Social (EIES)

Les projets classés sous cette catégorie doivent obtenir un permis environnemental, délivré par l'Office National de l'Environnement (ONE) après l'approbation de l'EIES.

Les projets de ce groupe comprennent :

  • Exportation ou importation d'espèces aquatiques vivantes ou de matières reproductives.
  • Aquaculture avec une densité supérieure à 25 kg/m³.
  • Utilisation de surfaces ou d'eaux souterraines excédant 30 m³/heure.
  • Unités de traitement ou de transformation produisant plus de 150 tonnes/an.

En outre, conformément à l'article 111 du Code de la pêche et de l'aquaculture, les exploitations d'aquaculture semi-intensive et intensive doivent obtenir un permis environnemental. Le non-respect est passible d'amendes allant de 6 à 15 millions d'ariary par hectare de bassin d'aquaculture.

Dossier de demande EIES

Pour obtenir un permis environnemental, les investisseurs en aquaculture doivent préparer un dossier complet d'Étude d'Impact Environnemental et Social (EIES). Le dossier d'EIES doit comprendre les éléments suivants :

  • Documents juridiques: Preuve de propriété du terrain ou un contrat de bail de moins de trois (03) mois pour le site du projet.
  • Autorisation sectorielleLa licence d'exploitation du Ministère des Pêches et de l'Économie Bleue.
  • Description détaillée du projetCela doit inclure une description des infrastructures, des processus, des technologies et des matériaux à utiliser, ainsi qu'un plan de développement du site, une carte et un calendrier couvrant les phases de construction, d'exploitation et de démantèlement.
  • Cadre juridique et institutionnel: Examen de toutes les lois, réglementations et normes environnementales et sociales nationales et internationales applicables au projet, ainsi que des institutions chargées de leur mise en œuvre et de leur suivi. Ce cadre devrait également intégrer la protection des droits humains, les considérations de genre, les normes sociales et la résilience climatique, en s'appuyant sur les conventions nationales et internationales pertinentes.
  • Définition de la zone d'étudeUne délimitation claire du périmètre de l'étude, qui peut s'étendre au-delà des limites strictes du projet, afin d'assurer la cohérence du processus d'évaluation d'impact.
  • Conditions environnementales et sociales de référence: Une analyse de l'état actuel de l'environnement dans la zone du projet. Cette section devrait inclure un modèle schématique des principaux systèmes environnementaux et sociaux ainsi qu'une hiérarchie des problèmes et contraintes identifiés.
  • Identification des enjeux et des risques clésÉvaluation des principaux risques sociaux, environnementaux et politiques associés au projet.
  • Évaluation d'impact et projections: Évaluation qualitative et quantitative des effets potentiels positifs et négatifs, directs, indirects, cumulatifs et à long terme du projet. Cela doit également inclure une modélisation prospective des impacts potentiels.

Soumission d'ÉIE au Bureau National de l'Environnement (BNE)

Une fois le dossier EIES complété, l'investisseur doit soumettre une demande formelle d'évaluation de l'EIES au Directeur Général de l'Office National de l'Environnement (ONE).

La présente soumission doit inclure, en plus du rapport EIES, les documents justificatifs suivants :

  • Une demande écrite du promoteur de projet adressée au Directeur Général de l'ONE.
  • L'extrait du registre de commerce, les statuts de la société et le procès-verbal de nomination du directeur de la société.
  • Une carte fiscale et une carte statistique valides, ainsi que tout document prouvant l'existence légale de la société.
  • Un document de faisabilité technique, validé par le ministère de tutelle, qui sert également de base à la liste des investissements matériels.
  • Documents justificatifs du montant de l'investissement projeté.
  • Résumés non techniques du rapport EIES en malgache et en français.
  • Un reçu de paiement pour la contribution de l'investisseur aux frais d'évaluation environnementale et au suivi du Cahier des Charges Environnementales et Sociales (CCES).

Processus de validation de l'EIES

La période d'évaluation commence une fois que l'ONE déclare le dossier recevable. L'ONE évalue le dossier dans un délai de 6 mois (pouvant être prolongé) à compter de la date de recevabilité du dossier.

Si la demande est approuvée, l'investisseur reçoit un permis environnemental signé au nom du ministre de l'Environnement.

Ce permis est valable pour une durée de cinq ans, après quoi le Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES) devra être mis à jour et revalidé.

Catégorie B : Projets nécessitant un Programme d'Engagement Environnemental et Social (PEES)

Les projets d'aquaculture de plus petite envergure entrent dans la catégorie B, qui nécessite l'approbation d'un Programme d'Engagement Environnemental et Social (PREES). Ce processus aboutit à la délivrance d'une autorisation environnementale par l'Unité Environnementale du ministère chargé de la pêche et de l'aquaculture.

Les projets soumis à cette procédure comprennent :

  • Unités de transformation du poisson produisant 50 à 150 tonnes/an.
  • Opérations d'aquaculture avec une densité de 10-25 kg/m³.
  • Piscicultures ou fermes de spiruline.

Dossier de candidature PREES

Comme cette demande est faite au sein du ministère en charge des pêcheries et de l'aquaculture, qui dispose déjà d'informations sur l'entreprise à partir du processus d'octroi de la licence d'exploitation, la procédure du Programme d'Engagement Environnemental et Social (PREES) est moins lourde que celle de l'EIES.

Un dossier PREES doit inclure au minimum les documents suivants :

  • Documents juridiques: Preuve de propriété du terrain ou un contrat de bail de moins de trois (03) mois pour le site du projet.
  • Autorisation sectorielle: Autorisation du service compétent selon le type de projet.
  • Présentation du projetDescription de la nature du projet, de sa localisation, de ses objectifs, de son calendrier de mise en œuvre et de ses activités principales, avec justification de ses objectifs économiques, sociaux et environnementaux. Comprend également les lois, réglementations et conventions applicables, ainsi que les autorités responsables de l'approbation et de la réglementation.
  • Description de l'environnement existant: Aperçu des conditions physiques (climat, géologie, hydrologie, qualité de l'air et du sol), biologiques (faune, flore, biodiversité) et socio-économiques (communautés locales, activités économiques, utilisation des terres, infrastructures) de la zone du projet.
  • Identification des risques et des impacts: Évaluation des impacts environnementaux et sociaux directs et indirects potentiels, y compris les effets sur la biodiversité, les écosystèmes, la santé publique et les communautés locales.
  • Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES) : Mesures d'atténuation ou de compensation des impacts négatifs, gestion des déchets, gestion de la biodiversité (si applicable) et gestion des risques/incidents, y compris les plans d'urgence.
  • Plan de suivi et d'évaluation: Indicateurs environnementaux et sociaux, fréquence et méthodes de suivi, ainsi que responsabilités et budget assignés.
  • Plan de consultation publique: Résumé des consultations avec les parties prenantes, y compris les communautés locales, les organisations de la société civile et les autorités, et réponses aux commentaires reçus.
  • Promouvoir l'engagement: Déclaration formelle de respect des mesures d'atténuation, de conformité aux normes environnementales et de tenue informée des autorités.
  • Résumé non techniqueVersion simplifiée du rapport en malgache et en français.
  • Version simplifiée pour les parties prenantesUne version conçue pour un public non spécialisé.
  • Annexes: Cartes, plans, rapports techniques, autorisations légales et comptes rendus de consultations publiques.

Soumission et validation PREES 

La demande PREES est soumise à l'Unité Environnementale du Ministère de la Pêche et de l'Économie Bleue. Ils examinent le dossier et, s'il est favorable, délivrent l'autorisation environnementale dans un délai de 45 jours.

Résumé : Autorisation environnementale vs. Permis environnemental pour les activités d'aquaculture à Madagascar

Notez que dans les deux cas, le certificat de conformité environnementale doit être obtenu après la demande de licence d'exploitation aquacole.

Conclusion

Le cadre environnemental malgache pour l'aquaculture est détaillé et rigoureux. Les investisseurs doivent anticiper le temps et la documentation requis pour la conformité environnementale, que ce soit pour une autorisation environnementale ou un permis de lancement des opérations.

Naviguer correctement dans les procédures de la CAMIE garantit non seulement l'approbation réglementaire, mais démontre également un engagement réel envers une aquaculture durable et responsable à Madagascar.

Si vous êtes curieux d'en savoir plus sur le démarrage d'une entreprise dans ce secteur, n'hésitez pas à contacter l'équipe Madagascar Invest. Nous serons heureux de vous guider dans le processus et de répondre à toutes vos questions.

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